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« Nourrir de plaisir »

  • Date : le 05 déc 2008

Régression, transgression, transmission, régulation ?

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Le plaisir, régulateur des comportements alimentaires, n’est pas un luxe !

A l’occasion de la sortie du N°13 des Cahiers de l’Ocha, l’Ocha a organisé le 3 décembre dans le cadre du Fooding une conférence au cours de laquelle Jean-Pierre Corbeau et quelques uns des auteurs ont présenté à la presse les principaux thèmes de cette publication. S’il fallait ne retenir de la richesse des débats que deux ou trois idées clefs, quelles seraient–elles ? Ce serait d’abord que le plaisir ne s’oppose pas à la santé, bien au contraire il y participe ! Ce serait ensuite que le plaisir du goût peut être aussi simple qu’une tartine beurrée. Ce serait enfin que, en période de crise et de difficultés économiques, le plaisir du goût est encore plus important qu’en temps normal ! Cultiver le goût, cela veut dire mobiliser davantage d’attention à ce que l’on mange, davantage choisir… C’est bon à la fois pour la santé, pour le budget et pour le plaisir ! Pas besoin d’être très fort en cuisine, pas besoin d’avoir les moyens de fréquenter les restaurants gastronomiques… Le plaisir alimentaire, qui fait partie de la culture alimentaire à transmettre à nos enfants, c’est à la maison d’abord que cela se passe, autour de la table familiale, du petit déjeuner au dîner, et c’est au quotidien ! En toute convivialité car le partage fait aussi partie du plaisir, et sans se prendre la tête !

Plaisir ou santé ? Ou bien plaisir et santé ?


« Plaisir et santé », répond Jean-Pierre Corbeau, professeur de sociologie à l’Université de Tours, directeur scientifique du N° 13 des Cahiers de l’Ocha. Pour lui, « opposer » trop facilement plaisir et santé revient à entériner des hiérarchies de valeurs héritées de trajectoires éthiques et religieuses, teintées d’un certain puritanisme, selon lesquelles le plaisir serait incompatible avec la surveillance et le contrôle de soi. Comme si le plaisir conduisait nécessairement à l’excès ! Alors que la médicalisation de l’alimentation conduit à mettre en garde contre les « aliments plaisir », les spécialistes des sciences humaines et sociales appliquées à l’alimentation sont engagés dans un processus de « reproblématisation » du plaisir alimentaire à laquelle contribue cette publication de l’Ocha. Loin d’être un luxe dont on pourrait se passer, le plaisir gustatif participe à la construction de notre identité dès notre naissance et peut-être même dans le ventre maternel. Il marque les bons moments qui contribuent à nous former depuis notre enfance, accompagne notre vie sociale à différents âges de la vie au quotidien et dans les moments festifs. Et il doit être intégré dans l’éducation alimentaire non comme une « récompense » mais comme une composante nécessaire à l’épanouissement de soi.

Le plaisir ne va pas de soi, il demande de l’attention et du temps, il s’apprend

A une époque où le pouvoir d’achat est une préoccupation essentielle pour les Français, le goût n’est pas un luxe réservé à ceux qui en ont les moyens. Certes c’est plus difficile, mais le goût peut se nourrir de plaisirs simples, affirme Marie-Christine Clément, écrivain, qui rappelle que Colette savait magnifier comme personne une simple tartine beurrée. Goûter, c’est choisir, savoir choisir. Et Marie-Christine Clément rappelle que le mot « goût » provient d’une racine indo-européenne qui nous a été transmise par le germanique kausjan qui signifie éprouver, lequel a donné en anglais le verbe to choose. Choisir les aliments, la manière de les préparer, être attentif aux émotions gustatives et mettre des mots dessus, tout cela s’apprend. Le plaisir gustatif paisible – entre pulsion et surmoi, entre jouissance et interdit – s’apprend aussi, dit Virginie De Fozières, psychanalyste, notamment avec les contes, destinés parfois aux enfants, mais toujours aux adultes. Valérie-Inès de la Ville, Directrice du Centre Européen des Produits de l’Enfant, explique comment le plaisir et l’autonomie de l’enfant se construisent dans les interactions avec les autres : invention collective de certaines règles pour le partage ou d’échange des goûters apportés dans la cour de l’école, expérimentation d’une forme d’indépendance, accès à la capacité à négocier avec les adultes et à se fixer ses propres règles à travers ces espaces intermédiaires entre transgression et projet éducatif que constituent le grignotage, l’organisation de fêtes et l’utilisation de l’argent de poche.

Le plaisir alimentaire est essentiel au quotidien et pour tous, y compris pour les plus démunis

En résumé, Jean-Pierre Corbeau et ses invités nous invitent à cultiver pour nous et nos enfants une véritable culture alimentaire, celle-ci étant clairement à préférer à une information nutritionnelle qui encourage la déconstruction des mets proposés et le désenchantement pervers des nourritures ! C’est vrai, ils ont tous insisté là-dessus, en période de difficultés économiques encore plus qu’en temps normal et cela concerne chacun d’entre nous, y compris les plus démunis, ceux qui ont besoin d’avoir recours à l’aide alimentaire et aux aliments fournis par les Banques alimentaires, la Croix Rouge, Emmaüs, les Restaus du Cœur, le Secours Catholique, le Secours Populaire, et bien d’autres associations et organisations non gouvernementales …

220 pages, 20 €

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Lire le dossier d’information sur la conférence « Nourrir de plaisir » du 3 décembre 2008

Sur l’alimentation et la santé des populations aux revenus modestes : lire l’article de Dominique Poisson