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Matty Chiva n’est plus vivant

  • Date : le 20 Juil 2005
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Des membres du Comité scientifique de l’Ocha, des chercheurs en sciences humaines, des professionnels de santé, des amis, rendent hommage à Matty Chiva.

La psychologie de l’alimentation en France vient de perdre son principal représentant, Matty Chiva. Son oeuvre, un corpus de recherches riche, important, qui fait référence, nous reste et perdurera longtemps. Et par là, Matty Chiva sera toujours présent parmi nous ; car, quand on a comme lui apporté une contribution majeure à sa discipline, on ne disparaît pas ; simplement, on cesse d’être vivant. Mais le Matty souriant, voire blagueur ; le compagnon fidèle qui soulignait toujours le côté positif, prêt à se lancer dans les projets ou à les soutenir, qui apportait des idées, qui mettait la main à la pâte, le Matty qui, bien que grand professeur, avait su rester simple et serviable, à l’écoute, ce Matty que nous aimions va nous manquer terriblement. Comme tout psychologue qui s’approche de l’alimentation, j’ ai d’abord connu Chiva par ses travaux, et nomment ceux sur la perception gustative chez le jeune enfant.
Puis j’ai eu, depuis une quinzaine d’années, le plaisir de travailler avec lui dans divers comités et conseils scientifiques. Matty était omniprésent dans le monde de l’alimentation ; il y apportait, outre sa compétence en psychologie, sa grande culture et une rafraîchissante ouverture d’esprit. Il a ainsi largement contribué à la philosophie qui caractérise l’approche française de l’alimentation, soucieuse de culture, d’esthétique et de plaisir, par contraste avec une approche anglo-saxonne souvent plus fonctionnaliste et médicalisante. Il a toujours défendu avec ardeur des projets novateurs, généreux, avec un grand souci de pédagogie et un souci constant des populations fragiles. Je pense, entre autres, aux travaux sur l’amélioration de l’alimentation à l’hôpital ou dans les maisons de retraite.
Ce n’était pas seulement un psychologue, c’était aussi un humaniste actif. Sa mort est une très grande perte pour notre communauté scientifique. Sans l’ oeil malicieux de Matty, l’ atmosphère des tables des conseils scientifiques, des tables rondes de colloques, comme celles des tables de restaurant, ne sera plus la même. L’œuvre reste, certes, mais un honnête homme va nous manquer.

Saadi Lahlou