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Colloque Ocha : Les alimentations particulières, à Paris, les 19 et 20 janvier 2012

  • Date : le 26 Mai 2011
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Les 19 et 20 janvier 2012 aura lieu à l’Institut Pasteur une grande manifestation autour des Alimentations particulières que l’OCHA organise sous la direction de Claude Fischler (Cnrs et comité scientifique Ocha) et avec l’expertise de Mohamed Merdji (LESMA, Nantes) et Jean-Michel Lecerf (Institut Pasteur de Lille / Comité scientifique Ocha). Ce colloque invite de nombreux spécialistes internationaux à une réflexion et un regard croisé entre sciences humaines et biomédicales sur les singularités alimentaires.

Il existe de manière quasi-universelle, et dans chaque groupe humain, des règles gouvernant le partage de la nourriture et les modalités de l’alimentation en commun (commensalité). Que l’on mange ensemble ou par groupes, avec ou sans les femmes, avec ou sans les enfants, selon un– ordre hiérarchique ou de manière égalitaire, en silence ou en conversant, les conduites individuelles sont encadrées de manière plus ou moins contraignante par un code implicite ou explicite d’usages. Les « manières de table » sont inculquées aux enfants et, avec elles, à travers elles, les règles les plus fondamentales du rapport à autrui et aux proches, du partage, de la responsabilité et de la solidarité. Le fait de manger ensemble est en effet réputé rapprocher : puisque manger la même chose, c’est produire la même chair, le même sang ; c’est construire ou reconstruire symboliquement une communauté de destin.

Cette trame semble toutefois être mise en cause par le développement de nouvelles préoccupations marquées par une individualisation croissante des choix alimentaires en Occident et dans certains pays émergents. En effet, une part importante et semble-t-il croissante de la population de ces pays adopte et revendique une « alimentation particulière ». Les uns sont contraints à la surveillance de leur alimentation par des pathologies graves (allergies alimentaires, intolérance au gluten) dont la fréquence croissante est mal expliquée. Les autres sont gênés par des intolérances diverses, souvent auto-diagnostiquées, ou ont adopté un régime de santé spécifique (groupes sanguins, “living foods”, instinctivorisme ou crudivorisme, macrobiotique, etc.). D’autres encore adhèrent à des régimes qui sont autant d’engagements éthiques, politiques ou spirituels (végétarisme, végétalisme, veganisme, etc.), ou reviennent à la pratique religieuse. D’autres enfin choisissent des régimes sélectifs et restrictifs divers, s’imposent des tabous électifs personnalisés ou les opposent avec plus ou moins d’insistance à leur famille et à leurs proches.

La fréquence de ces manifestations et l’accueil fait à ces particularismes alimentaires varie cependant de manière considérable d’un pays à l’autre, et notamment en Occident. Il est en effet encore assez difficile d’imaginer, à cause de l’importance qui est accordée au fait de partager ensemble la même nourriture dans un pays comme la France, la situation observée à l’occasion d’une réception donnée à New York. Les deux organisateurs ne mangeaient pas de viande rouge. Rejetant la solution facile du poulet, ils avaient mis au menu un hors d’œuvre de pâtes et un plat de saumon. Sur les 58 invités, l’un avait une allergie aiguë au poisson et aux noix, un autre souffrait d’une allergie aiguë aux coquillages, trois ne mangeaient pas de poisson, un était végétarien, un était vegan, deux étaient diabétiques et deux mangeaient kasher. Sur le carton d’invitation, on demandait de répondre, en indiquant les « personal dietary requirements ». Et il revint au traiteur de faire le reste. D’où nous viennent donc et comment expliquer, en même temps que la montée des revendications individuelles, toutes ces différences ?

C’est à ces questions que ce colloque s’efforcera de répondre à travers l’analyse de la nature, des causes et des effets de ces « alimentations particulières », aussi bien sous l’angle biomédical que social et en rapport avec les formes d’individualisme et de sociabilité qu’elles expriment.

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Appel à posters

Le programme définitif ainsi que le bulletin d’inscription sont disponibles.


Personal Dietary Requirements :
Novel pathologies, self-diagnoses, elective taboos and health regimens.
January 19-20, 2012, Institut Pasteur, Paris, France.
OCHA Symposium chaired by Claude Fischler

Rules for sharing food and the partaking of meals with others (commensality) are
nearly universal and exist in each human group. Whether people eat together or in groups, with or without women, with or without children, by rank or in an egalitarian manner, in silence or in conversation, individual behaviours are framed in varying degrees by an implicit or explicit code of customary practices. Children are taught “table manners” and with them and through them they are taught the most fundamental rules of how to interact with others and with their close relations, as well as the rules of sharing, responsibility and solidarity.
Indeed, eating together is said to bring people closer together: since eating the same thing is to produce the same flesh and blood, it is symbolically building or rebuilding a community of fate.

This system, however, seems to be called into question by the development of new preoccupations characterized by a rising individualization of dietary choices in the Western world and in certain emerging countries. A large and apparently growing part of the population in these countries are adopting and asserting “personal dietary requirements.”
Some must watch their diets because of serious pathologies (food allergies, gluten intolerance) the growing frequency of which has yet to be adequately explained. Others are bothered by various intolerances, often self-diagnosed, or have adopted a specific health regimen (blood type, “living foods,” macrobiotic, instinctivorism or raw foodism, etc.) Still others follow diets that are political, ethical or spiritual commitments (vegetarianism, veganism, etc.) or tied to religious beliefs. And still others choose various selective and restrictive diets, imposing personalized elective taboos on themselves or on their friends and relatives with more or less insistence.

The frequency of these occurrences and the way in which these dietary particularisms are greeted vary greatly from one country to another, particularly in the West. Due to the importance given to meals and sharing in France, it is still rather hard to imagine a situation such as that observed at a reception held in New York. The two organizers did not eat red meat. Discarding the easy solution of serving chicken, they chose a pasta appetizer and a salmon entrée for the menu. Out of the 58 guests, one had severe nut and fish allergies, another had a severe seafood allergy, three did not eat fish, one was a vegetarian, one was a vegan, two were diabetic and two ate kosher. The invitation RSVP card asked the guests to specify any “personal dietary requirements.” And it was up to the caterer to do the rest.

Where do all of these differences come from and how can they, as well as the rise of individual demands, be explained? These are the questions that this symposium will address by analyzing the nature, causes and effects of these “personal dietary requirements” from a biomedical as well as a social standpoint and in relation to the forms of individualism and sociability that they express.

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The complete program and the registration form are available.