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Comportements alimentaires

« Sacrifier pour l’Aïd el-Kebir en France »

Publié le 17/12/2007

C’est le 19 décembre 2007 qu’aura lieu en France l’Aïd el-Kebir (grande fête) ou Aïd el-Adha (fête du sacrifice), à ne pas confondre avec l’autre «Aïd», ou «petite fête» de l’Aïd el-Seghir qui clôt le mois du Ramadan. Autre élément important de cette fête : un vrai «mouton de l’Aïd» est davantage qu’un «mouton halal».
La grande fête de l’Aïd el-Kebir est la commémoration du sacrifice d’Ibrahim (Abraham dans la Bible), prêt à sacrifier son fils si le bras de l’Ange Gabriel ne l’avait pas retenu. Même si elle n’est pas une obligation religieuse et ne fait pas partie des «piliers de l’Islam», sa pratique est très recommandée et les familles y sont très attachées. Réputée pour attirer sur elles la bénédiction divine, c’est aussi la fête du pardon et de la réconciliation, du souvenir des défunts et de l’offrande aux plus démunis, mais aussi de partage avec les voisins d’autres confessions.

Depuis les années 1980, diverses formules d’abattage ont été expérimentées en France, notamment des «sites dérogatoires de sacrifice» mis en place pour une journée avec le concours des préfectures et des services vétérinaires, en général chez un éleveur, l’abattage étant confié à des sacrificateurs professionnels ou occasionnels habilités. Ces sites ont été dénoncés par le Bureau Vétérinaire de l’Union européenne qui a accusé l’administration française d’avoir «organisé l’illégalité» tout en fermant les yeux sur des pratiques moins encadrées dans d’autres pays de l’Union.
Quelques hypermarchés en France proposent depuis peu sur commande de «vrais moutons de l’Aïd», c’est-à-dire des moutons halals abattus selon le rite de l’Islam mais abattus seulement à la fin de la prière du matin de la fête. Certaines organisations musulmanes au Pakistan proposent à leurs coreligionnaires installés dans les pays occidentaux un «sacrifice par procuration». Et Internet s’y met : un site marocain propose un «marché virtuel» avec livraison à domicile, un autre site associatif propose un «e-sacrifice»…

Lire le texte de Anne-Marie Brisebarre, ethnologue et membre du laboratoire d’Anthropologie sociale du Collège de France, Directrice de recherche au CNRS.

Sur la nourriture halâl et les pratiques alimentaires des musulmans en France, lire aussi :
Manger halâl en France aujourd’hui : nourritures domestiques et restauration collective, par Anne-Marie Brisebarre
Sur le thème « religion et alimentation » dans le site :
– Les textes de Jean-Louis Flandrin sur le christianisme
– Les résumés du colloque «A croire et à manger. Religions et alimentation» organisé en 2006 par l’AFSR (Association Française de Sciences Sociales des Religions) en partenariat avec le CNRS et l’Ocha : rubrique Sciences humaines/partenariats
Les interdits alimentaires (dont les interdits de diverses religions), Les Cahiers de l’Ocha N°7
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