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Comportements alimentaires

Crises alimentaires ou mangeurs en crise ?

Publié le 23/03/2017

La mise en dialogue de Nicoletta Diasio et Philippe Kim-Bonbled a permis de souligner le caractère conflictuel et politique des questions alimentaires aujourd’hui. Les institutions s’en saisissent dans l’affolement pour répondre aux demandes des citoyens. Ces citoyens qui basculent de régimes « avec » à des régimes « sans » pour marquer leur corps de l’empreinte de leur désaccord avec le reste du corps social…

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Philippe Kim-Bonbled, Vétérinaire, membre du corps des vétérinaires inspecteurs. Chargé de mission “modernisation de la communication “Académie d’agriculture de France, livre un regard critique sur les évolutions dans l’alimentation vécues depuis l’administration. Par un retour sur son parcours personnel, il porte une analyse critique sur l’approche et l’analyse des risques et sur le déplacement de la légitimité du savoir d’expert du corps des vétérinaires inspecteurs aux influenceurs médiatiques.

Il interroge donc également la place du savoir et de l’expertise : « Les multiples crises alimentaires de la fin du siècle dernier : Dioxine, Encéphalite spongiforme bovine (ESB), Grippe aviaire, Fièvre catarrhale ovine (FCO), Graines germées…, ont à juste titre interrogé sur l’efficience du dispositif. Une Agence a alors été créée pour mieux analyser les risques. Les Services vétérinaires ont adopté d’autres méthodes de gestion des risques et mis en place un contrôle de second niveau.  

Mais surtout, ces crises ont suscité l’intérêt de “sachants autoproclamés” et de “gourous d’opinion”, dont les avis souvent peu scientifiquement étayés sont largement repris, voire amplifiés, par les médias et … de plus en plus, par les réseaux sociaux. Ces avis influencent donc, hélas, les décideurs, que ce soient les hommes politiques qui font de la surenchère législative ou les responsables des organisations professionnelles agricoles et agroalimentaires, qui s’autocensurent dans leur production. »

Il recommande une plus grande prise en compte des lieux de savoirs moins médiatiques mais qui ont une connaissance fine des sujets comme les Académies (agriculture, vétérinaire, sciences, technologie).

Nicoletta Diasio, Professeure de Sociologie à l’Université de Strasbourg (UMR 7367 Dynamiques européennes (CNRS-Unistra) nous propose un champ de recherche novateur où l’alimentation est un nouveau champ de bataille avec des dimensions politique et morale :

Les comportements alimentaires constituent aujourd’hui un terrain de recomposition et de mise en scène de conflits qui, partout en Europe, émergent et se modifient très rapidement : de la critique antisystème à la dissension politique, religieuse et économique, de la mise en cause des distinctions de genre à celle de la médecine conventionnelle. Par l’alimentation, des figures de la dissidence et de la résistance se donnent à voir : dans les choix d’aliments à évincer, dans le regard porté sur les filières de production, dans les parcours d’approvisionnement, dans les modalités de consommation et les pratiques de santé. De ce fait, l’alimentation cristallise et canalise des conflictualités instables, qui ne sont pas toujours relayées par les organes conventionnels de représentation. Elle contribue aussi à en déplacer les frontières, de manière à ouvrir toujours de nouveaux fronts de débat, de controverses et de revendication.

Elle renouvelle l’approche du concept d’incorporation en montrant la place que le corps prend dans les conflits contemporains.