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Les origines du végétarisme en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle

Dès les années 1850, se développent en Angleterre, avec le mouvement végétarien, une stigmatisation des aliments produits industriellement et la promotion de causes telles que l’anti-vaccination, l’anti-vivisection et la réforme agraire. Fustigant l’élevage pour la viande, les végétariens n’ont de cesse de montrer que le régime ovo-lacto-végétal est à la fois rationnel, moral et économique. Ils diffusent des recettes de cuisine végétarienne, insistent sur la nécessité d’associer la médecine naturelle à l’alimentation végétarienne, prônent le salut social non par la lutte sociale mais par la santé du corps, un corps qui doit être conforme à leurs représentations de la pureté et de la régénération.

De la fin du XVIIIe siècle à la création de la Société végétarienne anglaise en 1847 et à sa situation à la veille de 1914 en passant par l’essaimage aux Etats- Unis et plus tard en France et en Europe, le texte d’Arouna Ouédraogo, sociologue à l’Inra, retrace près de deux siècles d’histoire du végétarisme en Grande Bretagne. Un phénomène végétarien qu’il définit comme une utopie faisant se renconter des individus par ailleurs très différents autour de points communs à différents groupes : philanthropisme, militantisme et prosélytisme. Tous sont motivés par un désir de moralisation publique et d’ordre social et développent une pédagogie nutritionnelle à l’adresse des pauvres, les invitant à adapter leur alimentation à la pénurie alimentaire, à savoir épargner et être prévoyants, bref à adopter les principes d’une « vie simple ».

D’inspiration religieuse au départ, le mouvement évolue vers l’hygiénisme et passe sous le contrôle de l’aile libérale du patronat manufacturier qui y voit une efficacité sociale face à la pauvreté qui s’étend et qui favorise mauvaise alimentation et alcoolisme. Pour produire des travailleurs sains, purs, vigoureux, endurants à la tâche et pour maintenir les salaires au niveau le plus bas possible, les vertus économiques, morales et sanitaires du végétarisme sont exaltées et tous les arguments protestataires sont utilisés.

Lire le texte exclusif d’Arouna Ouédraogo : Les origines du végétarisme en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle

Lire aussi sur le végétarisme, en ligne sur ce site : « Aliments morts, aliments vivants »
de Laurence Ossipow dans Manger magique. Aliments sorciers et croyances comestibles, Ocha/Autrement.

Lire aussi sur les enjeux politiques et moraux de l’alimentation en France à la fin du XIXè siècle : le Compte-rendu par Philippe Cardon, de l’ouvrage d’Anne Lhuissier, Alimentation populaire et réforme sociale