Ouvrages

Les intermittents du bio

Doit-on relier le succès des produits biologiques au seul contexte récent de crises et de controverses alimentaires ? En fait, les interrogations des mangeurs sont non seulement d’ordre sanitaire, mais aussi diététique, gustatif et éthique. Face à ces incertitudes, certains, les mangeurs bio puristes, délèguent totalement leurs choix au label bio. Mais, dans leur grande majorité, les consommateurs bio sont irréguliers dans leur choix bio, et ouverts à d’autres solutions : ce sont des mangeurs bio intermittents. L’étude de leur cas nous fait accéder à la complexité et à la variabilité des pratiques alimentaires contemporaines. Pour les décrire, l’approche proposée combine l’analyse de leurs trajectoires et l’analyse pragmatique et microsociologique des rapports entre ces mangeurs et leurs aliments, ce qui permet d’appréhender les variations du degré de réflexivité de l’acte alimentaire et de l’incertitude ressentie par les mangeurs sans basculer dans un relativisme peu constructif. S’opposant aux figures d’un consommateur « zappeur » et déstructuré ou, au contraire, déterminé par son appartenance sociale, l’ouvrage défend la thèse d’une réflexivité routinière. Cette analyse relie aussi les pratiques des mangeurs et celles des filières agroalimentaires, d’ordinaire déconnectées du fait des découpages classiques des disciplines scientifiques. L’étude de systèmes agroalimentaires alternatifs met en exergue des formes possibles de construction de la confiance : ouvrir la « boîte noire » de la production alimentaire, créer des espaces de négociation entre producteurs et consommateurs et même des formes de partage des incertitudes, « ré-attacher » les produits à la nature par le respect de leurs irrégularités. Cela conduit aussi à discuter les limites de la relocalisation des systèmes agroalimentaires, notamment en termes d’équité sociale, et, plus largement, les dimensions politiques de la consommation alimentaire.

Claire Lamine est sociologue au sein de l’unité Eco-Innov de l’Inra. Auparavant, elle a travaillé pour le développement local, créé un restaurant à thèmes, puis soutenu une thèse de sociologie à I’EHESS sur les mangeurs bio. Depuis une dizaine d’années, elle s’intéresse à l’alimentation et à l’agriculture biologique ainsi qu’aux systèmes alternatifs mettant en lien producteurs et consommateurs. Au-delà de son intérêt pour le bio, elle travaille aujourd’hui sur les transitions de l’agriculture conventionnelle vers des formes durables.

Sommaire

  • POURQUOI ET COMMENT EN VIENT-ON AU BIO ?
    Le choix bio, vrai ou faux choix ?
    Des autobiographies alimentaires aux trajectoires de mangeurs
    Adoption du bio et transformation des pratiques alimentaires
  • EN QUOI LE CHOIX BIO REDUIT-IL L’INCERTITUDE ?
    Des mangeurs inquiets ?
    Les formes de souci des mangeurs, entre souci de soi et souci de l’environnement
    De la routine au doute : les basculements des situations alimentaires
    Le mangeur  » en prise  » avec ses aliments
  • LE CHOIX BIO INTERMITTENT EST-IL L’INDICE DE CHANGEMENTS PLUS LARGES DANS NOS SYSTEMES AGROALIMENTAIRES ?
    Construction de la confiance et réduction de l’incertitude
    Liens entre producteurs et consommateurs et durabilité des systèmes agroalimentaires