Ouvrages

Le sang et la chair

Les abattoirs des pays de l’Adour

« Vous ne pourrez manger aucune bête crevée ». Notre société reste fidèle à l’interdit du Deutéronome et tue les animaux dont elle se nourrit. Mais tout procédé de mise à mort n’est pas accepté ; il faut verser le sang pour pouvoir transformer le corps en substance consommable, en viande de « boucherie ».
Or, de cette condition première du régime carné, nous ne voulons pourtant rien voir. Les sacrifices solennels, les célébrations festives, puis les tueries fonctionnant dans les villes ont fait place aujourd’hui à un abattage invisible, enclos dans des lieux appropriés, tenu à bonne distance. Cette récente séparation entre abattage et boucherie épargne à nos regards le geste fondateur du régime carné.

Pourquoi donc faut-il verser le sang des bêtes pour pouvoir se nourrir de leur chair ? Et pourquoi cette nécessité offense-t-elle nos sensibilités, sans pourtant nous rendre végétariens ? En observant les abattoirs du sud-ouest de la France, Noélie Vialles, met en lumière l’existence d’un système complexe d’évitement et de dépassement du geste fatal. Son analyse montre comment les modélités de mise à mort et de préparation des animaux domestiques pour la consommation humaine mettent en jeu, bien au-delà de l’abattage, des représentations symboliques du sang, des hommes et des bêtes.

Noélie Vialles, agrégée de philosophie et anthropologue est maitre de conférences au laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France.