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Modèles et comportements alimentaires

Sur le site Ocha nous parlons beaucoup du modèle français, et de recherches comparant ce modèle au modèle alimentaire anglo-saxon. Mais de quoi parlons-nous ? Quels types de contributions sont regroupées sous ce grand thème ?

Un modèle alimentaire est un ensemble de règles, de codes, qui définissent des pratiques et encadrent leur mise en œuvre. Bien évidemment ces règles vont de soi pour la société concernée et ne sont pas explicitées au quotidien. En situation de transmission des comportements alimentaires (à un jeune enfant, un hôte étranger à la culture…), on traduit ces règles sous diverses formes :

  • Au coup par coup ; par exemple dans notre culture « on ne mange pas assis sur la table, on ne mange pas avec les doigts, on ne joue pas avec la nourriture, on mange de tout… »
  • De manière plus formelle, dans la description des manières et des pratiques. Dans notre modèle alimentaire français les grandes règles seraient trois repas par jour, variés, pris à heures relativement fixes, et partagés souvent en famille autour d’une table. La régularité des prises alimentaires associée à la convivialité et au cadre du repas familial, modèle alimentaire typiquement français (latin … ?), contribuerait à limiter par exemple le risque d'obésité.

En conclusion de son ouvrage « Manger aujourd’hui », Jean-Pierre Poulain attire l’attention sur le fait qu’une médicalisation de l’alimentation quotidienne exacerbant la dimension santé au détriment des autres dimensions (plaisir, culture, identité) pourrait mettre à mal le modèle traditionnel français plus sûrement que la transformation des pratiques alimentaires elles-mêmes.

L’idée que l’alimentation puisse être un levier de la santé n’est pas une idée neuve, elle est présente sous forme de diététiques profanes dans toutes les cultures. Cependant, dans les modèles alimentaires traditionnels, l’approche sanitaire, nutritionnelle n’est jamais le seul horizon de sens.

La «médicalisation» de l’alimentation n’est donc en soi ni nouvelle ni problématique tant que le nutritionnel ne devient pas dominant.

Cela paraît particulièrement important pour les pays latins et notamment la France. Les rituels alimentaires, quotidiens ou festifs, structurent notre temps alimentaire et sont des ciments de notre société.

« Je logeais dans un petit hôtel du quartier latin et, le premier jour, quand je suis descendu téléphoner à la réception, j’ai trouvé l’employé de l’hôtel, sa femme et son fils en train d’établir le menu du repas : ils le préparaient comme s’il s’agissait d’un plan de bataille ! Je demeurai stupéfait : en Roumanie, je m’étais toujours nourri comme un animal, je veux dire inconsciemment, sans prendre garde à ce que manger veut dire. À Paris, je me suis rendu compte que manger est un rituel, un acte de civilisation, presque une prise de position philosophique. »

(Cioran, Entretiens, Gallimard, 1995)