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Education alimentaire et modernité

La modernité alimentaire vue uniquement sous l’angle de la mondialisation et de la circulation de produits globalisés fait souvent peur. Elle est brandie comme une menace, celle de la désocialisation, de la déstructuration des repas, avec pour conséquence la progression du grignotage, de la junk food… mais n’avons-nous pas une peur irraisonnée d’un phénomène aux aspects bien positifs par ailleurs (métissage, exotisme alimentaire…) ?

Si l’on regarde le modèle alimentaire français eut égard à notre modernité- car la modernité n’est finalement que l’adaptation au temps présent, aux valeurs, aux envies, aux représentations portées par un monde d’échanges et de communication- on s’aperçoit qu’il perdure et que ce qui fait sa spécificité (repas familial, trois repas par jour…), donc son aspect traditionnel, est aujourd’hui résolument moderne, tendance, et donne du sens à l’acte de manger.

Il est ainsi frappant de voir que les résultats d’un programme de recherche porté par l’OCHA sur les adolescents (AlimAdos 2006-2010) montre combien des jeunes issus de cultures et de milieux divers aujourd’hui en France inscrivent leur modernité alimentaire au filtre du modèle alimentaire français. Les chercheurs d’AlimAdos ont observé un attachement des adolescents au repas familial et à un ensemble de règles, et ce même s’ils sont les premiers à les décrier et à les transgresser entre 13 et 17 ans, ils en reconnaissent l’intérêt dès 17-18 ans.

Quand on parle d’éducation alimentaire, celle que les adolescents prennent dans toute sa dimension positive est liée au goût, au plaisir, à la convivialité. Ainsi nombreux sont les adolescents enquêtés qui manifestent un attachement très fort à leur grand-mère, à des plats traditionnels, à des odeurs, des préparations (avec souvent la comparaison mère/grand-mère dans la virtuosité culinaire !) et à leur transmission.

L’éducation alimentaire n’est absolument pas vaine, au contraire, on voit que l’éducation alimentaire est à l’image de nos adolescents : diverse, métissée, parfois éclatée. L’éducation alimentaire est décriée quand elle se rapproche trop des discours normatifs ou quand les parents rappellent des règles diététiques théoriques.

Ainsi l’éducation alimentaire qui se confond avec une morale alimentaire s’éloigne de notre modernité ; par contre, une éducation alimentaire redéfinissant le plaisir pris à manger, la convivialité, le partage, la structuration des repas et ouverte aux autres cultures culinaires s’inscrit pleinement dans la modernité du modèle alimentaire français.