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Corps, poids et santé

« Les filles stressent dès qu’elles mangent une frite, nous on s’en fout, on se pose pas de question, les mecs pensent pas comme ça, ça veut pas dire qu’on s’en fout on a moins peur peut-être » Moussa, 12 ans, Strasbourg

« J’en ai marre des magazines ou du cinéma, ils nous montrent des femmes qui n’existent pas, une vraie femme a un peu de cellulite, des rides, la peau est pas lisse comme dans les magazines, tout le monde a des cernes, des boutons une fois dans sa vie, ces femmes sont belles mais j’ai jamais vu une fille comme ça dans la rue » Oumou, 16 ans, Marseille

« Je veux être normale, normale, c’est pas grosse, pas maigre, une taille fine, de la poitrine, pas plate c’est pas très beau quand t’as des seins qui se voient pas, pas de ventre parce que c’est laid, il doit être tout plat, lisse quand tu mets la main, des cuisses pas grosses, minces, des fesses mais pas des grosses non plus, juste ce qui faut, pas qu’elles débordent du pantalon » Valérie, 15 ans, Marseille

Glose Alimados – Projet ANR – PNRA 2007-2010 (OCHA)

La morphologie des hommes et des femmes varie d’un individu à l’autre mais est déterminée au départ par un capital génétique ; plus que de simples variations individuelles les morphologies varient aussi d’une culture, d’une société à l’autre. Ce relativisme culturel des corps fait que calculer un IMC (Indice de masse corporelle) commun à tous « transforme » par exemple des rugbymen des îles Tonga (athlètes s’il en est) en obèses.

Quelles informations retirer de la confrontation entre la diversité des pratiques alimentaires et des morphologies et une norme nutritionnelle standard avec des allégations, des recommandations « les mêmes pour tous » ? Comment se font les petits arrangements avec la norme ?

Dans toutes les sociétés, c’est sur les corps des femmes qu’ont pesé et que pèsent encore le plus de contraintes. Si quelques sociétés valorisent encore l’embonpoint et la graisse synonyme de féminité et de fécondité, l’idéal de la beauté féminine est de plus en plus mince. Les canons esthétiques qui ont penché un temps vers une androgynie reviennent aujourd’hui à une trouvaille encore plus complexe que la quadrature du cercle : filiforme, mincissime mais avec des formes féminines fermes ! Et la définition de la femme pourrait toujours être : «quelqu’un qui pèse trop»… comme le déclarait Annie Hubert, anthropologue et directeur de recherche au CNRS, en ouvrant en novembre 2003 le symposium Ocha «Corps de femmes sous influence. Questionner les normes».

Des réflexions illustrées par les résultats d’une enquête Ocha/CSA sous la direction d’Estelle Masson sur les femmes françaises, leur rapport au corps, au poids, aux régimes.

Un rapport plutôt difficile : les Françaises interrogées sont plus de 6 sur 10 à avoir un poids considéré comme normal au regard des normes médicales de corpulence (IMC) ; or parmi ces femmes de poids normal, on n’en trouve que 1 sur 4 à se déclarer satisfaite de son poids et seulement 1 sur 5 à penser que son poids est «le bon poids pour la santé» !

Ces écarts entre réalité objective et perception de soi donnent à réfléchir et ne concernent d’ailleurs pas que les femmes. Comme le relevait Jean-Pierre Poulain dans «Manger aujourd’hui» (Ocha / Privat 2001), il y a en France, parmi les personnes qui souhaitent perdre du poids, presque autant de personnes maigres ou de poids normal (46 %) que de personnes en surpoids ou obèses (54%). Inquiétant quand on sait que les régimes restrictifs non nécessaires sont souvent le premier pas vers des cycles de perte puis de reprise de poids, les fameux régimes yo-yo, et font le lit de l’obésité… Un avis de l’Agence Nationale de Sécurité de l’Alimentation du 4 mai 2011 met en garde contre les risques liés aux pratiques des régimes amaigrissants. Ce rapport met également en évidence “les effets néfastes sur le fonctionnement du corps, et notamment pour les os, le cœur et les reins, ainsi que des perturbations psychologiques, notamment des troubles du comportement alimentaire.”