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Ouvrages

Alimentations Adolescentes en France

Principaux résultats d’AlimAdos, un programme de recherche de l’Ocha

Ils s’appellent Megane, Salsabilla, Marie, Hasan, Marco, Antoine ou Kevin, ils ont entre 12 et 19 ans et pendant de longs mois ils ont côtoyé en Alsace et en Provence-Alpes Côte d’Azur les chercheurs de l’équipe AlimAdos[1]. Comprendre comment les adolescents mangent en France aujourd’hui, ce qu’ils en disent, comment ils le vivent et se le représentent, en famille, en groupe, entre pairs ou seuls, a été la problématique de ce programme de recherche de l’Ocha mis en oeuvre depuis 2006 avec deux laboratoires du CNRS et co-financé par l’Agence Nationale de la recherche. Une recherche sur le terrain mobilisant plus de quinze chercheurs et utilisant des méthodes d’ethnologie et d’anthropologie pour observer, comprendre, partager et réfléchir avec les jeunes sur ce qu’ils mangent, comment, à quels moments, où, pourquoi, avec qui. Comprendre aussi comment, pour les adolescents, manger renvoie à la construction de leur corps, à l’image qu’ils en ont et qu’ils veulent en donner, et comment par le manger se forge une part de leurs appartenances et de leurs identités et s’exprime un style, leur style. Parmi les études qui cherchent à faire le point sur la façon dont les adolescents mangent, AlimAdos se caractérise par une immersion prolongée d’une équipe de chercheurs auprès d’adolescents de différentes origines culturelles et sociales. Une telle démarche apporte une connaissance fine et précise des comportements et des représentations alimentaires à l’adolescence.

Nourri de plus de 1500 entretiens et de plusieurs milliers d’observations, le N°14 des Cahiers de l’Ocha – « Alimentations adolescentes en France » – permettra au lecteur d’appréhender les comportements alimentaires des adolescents dans leur diversité. Diversité adolescente au sens où il n’y a pas un adolescent idéal-typique mais des individus façonnés par des environnements, des situations et des relations sociales différentes. Diversité alimentaire tant nos observations nous placent dans la multiplicité des aliments, des cuisines, des réseaux d’approvisionnement et des façons de manger. Diversité des populations, à l’image de notre société française creuset de métissages et de cultures d’origines diverses pour ces adolescents, leurs parents, leurs grands-parents….

Pourquoi s’intéresser à l’alimentation des adolescents ?
Parce que, dans les sociétés modernes, les adolescents suscitent à la fois l’envie et l’inquiétude. Leur jeunesse séduit, de même que la liberté et l’autonomie dont jouissent beaucoup d’entre eux. Qu’en font-ils, comment se débrouillent-ils quand ils sont livrés à eux-mêmes, en quoi ressemblent-ils et diffèrent-ils de la famille dont ils sont issus, voilà des questions qui taraudent les adultes à propos des pratiques adolescentes en général et de leurs comportements alimentaires en particulier. Cette question se charge d’angoisse lorsqu’elle est croisée avec le développement actuel du fast food et de la junk food, avec la prolifération des occasions de malbouffe dont les adolescents pourraient être les victimes.

Parce que, dans une société comme la France où l’espérance de vie à la naissance a été multipliée par deux entre 1900 et aujourd’hui, la conséquence pour l’individu, c’est qu’il doit vivre plus longtemps avec son corps, suivre ses transformations morphologiques, assumer ses transformations esthétiques, s’en emparer pour en faire un capital. Il se doit – et cela relève presque de l’injonction dans nos sociétés – en faire un objet de désir, de bien-être, de bonne santé et de plaisir et non plus un lieu de souffrance ou de malheur. Les adolescents ont des difficultés à gérer cette profusion de nourritures et la dimension du plaisir qui leur sont associées. En effet, ils sont dans une position très inconfortable entre ce qu’ils revendiquent, à savoir leur âge comme un âge de jouissance, où l’on peut profiter, prendre du plaisir, s’amuser, et la norme paradoxale qui leur demande de surveiller leur corps, de le transformer pour l’avenir c’est-à-dire le garder ou le rendre mince, ferme et donc de s’autocensurer sur les plaisirs alimentaires !

Ces plaisirs alimentaires, ces «menus plaisirs», sont d’ailleurs très présents dans le discours des parents des adolescents qui souhaitent faire plaisir à leurs grands enfants, ne pas les priver… tout en étant attentifs également à l’excès et souvent inquiets devant la faim – normale- de leurs ados en pleine croissance. Ces mêmes parents traquent parfois les bourrelets chez leurs adolescents, cuisinent au quotidien des plats «consensus» ou avouent faire parfois des repas «grignotage» ou «cochonneries» avec leurs adolescents, par plaisir. Dans ce tiraillement entre plaisir pour soi et faire plaisir aux autres, goûts, devoir de contrôle sur son corps, l’adolescence apparait comme un miroir grossissant des relations sociales alimentaires et des comportements qui s’y forgent … mais pas comme un autre monde.

Ce N°14 des Cahiers de l’Ocha montre que les adolescents d’aujourd’hui portent un regard réflexif sur leurs pratiques qui a surpris et interrogé les chercheurs, sur le terrain et dans leurs analyses, par son acuité. Acuité sur l’alimentation, sur le monde qui les entoure, sur les normes qui les façonnent et sur les normes qu’ils façonnent (construisent ?). Acuité désarmante quand ils démontrent que l’affectif est pour eux primordial dans leur alimentation : à la maison, quand la soupe de la grand-mère est la seule qu’ils mangent « parce que cette soupe là c’est différent », ou entre amis parce que peu importe alors la préparation, c’est la convivialité qui prime et le partage, mais encore faut-il alors que les aliments ou boissons consommées ne soient pas trop « has been ». Mais si, parmi les aliments inconsommables entre copains de crainte de paraître trop ringard ou de faire trop bébé, certains sont des aliments que l’on aime, ils seront consommés dans l’intimité, comme des doudous alimentaires, en quelque sorte presque inavouables… mais si bons !

[1] L’équipe AlimAdos est constituée de chercheurs de l’Ocha (Observatoire Cniel des Habitudes alimentaires), du laboratoire Cultures et sociétés en Europe (CNRS – Université de Strasbourg) – UMR 7043- et du laboratoire, Anthropologie – Adaptabilité Biologique et Culturelle (CNRS- Université de la Méditerranée, Marseille) – UMR 6578. Initié par l’Ocha, le projet de recherche AlimAdos a été co-financé par le Cniel et l’Agence Nationale de la Recherche après avoir été sélectionné dans le cadre de l’appel d’offres du PNRA (Programme National de Recherche en Alimentation et nutrition humaine) 2007.