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Actualités

Femme Bishnoïs allaitant une gazelle

Des femmes en Inde qui allaitent les gazelles : les Bishnoïs

  • Date : le 25 mai 2011

Un peuple d’éleveurs végétariens du Rajasthan, réputés « les premiers écologistes », au cœur de l’actualité

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Photo © Himanshu Vyas pour Hindustan TimesCertains considèrent que l’homme est la seule espèce à consommer le lait d’une autre espèce et en déduisent que le lait de vache est bon pour le veau, pas pour l’homme. Cette conviction relève davantage de la croyance que de faits scientifiquement établis. Certes, il reste vrai que le lait de la mère est celui qui est le plus adapté pour ses petits chez tous les mammifères. Cependant, même exceptionnel, l’allaitement inter-espèces et les Bishnoïs, dont on parle beaucoup actuellement, nous en donne un exemple. En effet, les femmes Bishnoïs sont connues pour allaiter les faons et gazelles orphelines.

Cet exemple d’allaitement de petits animaux par des femmes n’est pas unique et l’inverse – des bébés humains allaités directement au pis d’un animal – est vrai également.Qui sont les Bishnoïs ? Ces écologistes avant la lettre, des éleveurs végétariens, suivent les 29 préceptes de leur fondateur, 29 préceptes dont ils tirent leur nom : Bish vient de 20 et Noi de 9 en Hindi. Leur fondateur, Djambo – ou Jambhji ou Jambheswhar -, naît dans le village de Pipasar au Rajahstan en 1451, une année de terrible sécheresse pour la troisième année successive. Les vaches donnent très peu de lait, si peu qu’on a pratiquement cessé de le mettre à fermenter dans des jarres. Cette année-là, les vieux disent que le monde va mourir et les jeunes n’ont pas le cœur de faire leur fête rituelle en septembre, au dernier quartier de lune : en général, les garçons et les filles font main basse sur les jarres de lait fermenté, s’arment de louches et se bombardent de fromage frais, puis vont se laver aux étangs et batifolent jusqu’au coucher du soleil, pendant que les femmes vaquent à leurs occupations en fredonnant des chansons, ces ritournelles auxquelles le village attribue « des récoltes magnifiques et des vaches aux pis continûment gorgées de lait ».

Ce lait est précieux, pour se nourrir évidemment, mais aussi pour sa symbolique : c’est du lait que l’on offre aux visiteurs en signe de bienvenue … Sans raconter toute la vie et la philosophie de Djambo, on notera qu’il était extrêmement attentif à la protection de l’environnement et à la protection de la vie humaine. Très soucieux d’hygiène physique, il avait compris que les épidémies et les parasitoses, si fréquentes en Inde, comme la surmortalité infantile, se développaient faute de toilette quotidienne, de filtrage de l’eau et du lait, et de lavage strict des ustensiles de cuisine. Le précepte 8 stipule : « L’eau et le lait seront toujours soigneusement filtrés ; et le bois de chauffage scrupuleusement inspecté avant d’être brûlé, de telle sorte qu’aucun animalcule, ver ou insecte, ne soit détruit par le feu ». On voit que le filtrage de l’eau et du lait répond à des règles d’hygiène mais aussi de respect de la vie.

Les Bishnoïs sont au cœur de l’actualité avec notamment un ouvrage de la romancière Irène Frain (La forêt des 29), une exposition des photographies de Franck Vogel dans la station de métro Paris-Montparnasse (du 22 avril au 4 juin 2011, le long du trottoir roulant), un documentaire de 45 min sur la chaine Arte le 28 mai avec le périodique GEO, un autre documentaire de 52 mn sur France 5 le 11 juin.

Un autre exemple d’animaux allaités par des femmes est celui des Indiens Achuars d’Amazonie dont les femmes allaitent de jeunes animaux apprivoisés (pet keeping), en même temps que leurs enfants, en rétribution symbolique des bienfaits de la Nature.

nourrisson allaité par une chèvre, larousse ménager de 1926Inversement, le recours à des nourrices animales pour les bébés humains, s’il reste assez exceptionnel, est attesté dans diverses cultures rurales. En France, on n’y a eu recours en général que quand on ne trouvait pas de femme nourrice dont le lait convienne et on trouve dans l’iconographie du XIXe siècle des représentations de bébés allaités directement au pis d’une chèvre. Ainsi le premier fils de Victor Hugo eut une chèvre comme « cinquième nourrice ».

Au XIXe siècle, pour résoudre le problème des nourrissons nés syphilitiques qu’on ne pouvait pas confier à des femmes nourrices qu’ils auraient contaminées, le Professeur Parrot, Directeur de l’Hospice des Enfants Assistés à Paris, créa la Nourricerie des Enfants Assistés qui fonctionna avec des chèvres et des ânesses de 1881 à 1893. Les résultats ne furent pas très probants mais des nourrissons nés syphilitiques au XIXè siècle ne partaient pas avec de grandes chances dans la vie. Hors ces cas très particuliers, le recours à des chèvres nourrices faute de nourrice humaine s’est prolongé jusqu’au XXè siècle : on trouve dans l’édition 1926 du Larousse ménager une image technique montrant une chèvre debout sur une table, maintenue par une femme, qui allaite un nourrisson couché sous elle sur un coussin.

Le Larousse ménager de 1926 indique, à propos de chèvres utilisées comme nourrices de bébés humains, que « l’allaitement direct par la chèvre semble supérieur au biberon, en ce que le lait conserve une égale température et ne peut se contaminer » Et il précise, à l’appui de l’illustration, les recommandations du docteur Boudard pour faire téter les enfants : « On prend l’enfant couché sur le bras droit ou gauche, comme si on voulait lui offrir l’un ou l’autre sein ; on le présente à la chèvre, qui le flaire d ‘abord le plus souvent, puis on le place sous elle, de telle façon que le b ras droit, qui soutient l’enfant, se trouve entre les mamelles et les jambes de derrière de l’animal, qui ne peut faire aucun mal, en adùmettant qu’il fasse des difficultés la première fois, ce qui est rare. » La suite de l’article distingue cinq catégories de chèvres : en tête, « les chèvres d’élite, capables de donner en une lactation de dix mois, 1200 litres de lait », les moins bien classées étant « les biques vulgaires, qui donnent moins de 600 et souvent moins de 400 litres. »

par Maggy Bieulac-Scott

Pour en savoir plus :

Consulter :

 

 

 

 

 

Références bibliographiques à propos d’allaitement inter-espèces

 

    • P. ERIKSON, « The social significance of pet-keeping among Amazonian Indians », In : A.L. PODBERSCEK, E.S. PAUL and J.A. SERPELL editors, Companion animals and Us. Exploring the relationships between people and pets, Cambridge University Press, Cambridge, pages 7-26

 

    • Irène FRAIN, La forêt des 29, Editions Michel Lafon, février 2011, 455 pages
      Didier LETT et Marie-France MORET, Une histoire de l’allaitement, Editions de La Martinière, 2006, Chapitre « Allaitement animal : héros mythologiques et pratiques populaires », pages 131-136

 

    • Jacqueline MILLIET, « Entre douceur et violence. Le statut particulier des animaux allaités au sein par des femmes », In : Michel SOULE, Dominique BLIN, Edith THOUEILLE (sous la direction de), L’allaitement maternel : Une dynamique à bien comprendre, 2003, 315 pages

 

    • François SIGAUT, « Allaitement et maternage entre espèces animales différentes », Ethnozootechnie N° 65, 2000, pages 81-87

Photo © Himanshu Vyas pour Hindustan Times