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Les Alimentations Particulières – Communiqué de synthèse

Le 19 janvier 2012

Il existe de manière quasi-universelle, et dans chaque groupe humain, des règles gouvernant le partage de la nourriture et les modalités de l’alimentation en commun (commensalité). Que l’on mange ensemble ou par groupes, avec ou sans les femmes, avec ou sans les enfants, selon un ordre hiérarchique ou de manière égalitaire, en silence ou en conversant, les conduites individuelles sont encadrées de manière plus ou moins contraignante par un code implicite ou explicite d’usages. Les « manières de table » sont inculquées aux enfants et, avec elles, à travers elles, les règles les plus fondamentales du rapport à autrui et aux proches, du partage, de la responsabilité et de la solidarité. Le fait de manger ensemble est en effet réputé rapprocher : puisque manger la même chose, c’est produire la même chair, le même sang ; c’est construire ou reconstruire symboliquement une communauté de destin.

Cette trame semble toutefois être mise en cause par le développement de nouvelles préoccupations marquées par une individualisation croissante des choix alimentaires en Occident et dans certains pays émergents. En effet, une part importante et semble-t-il croissante de la population de ces pays adopte et revendique une « alimentation particulière ». Les uns sont contraints à la surveillance de leur alimentation par des pathologies graves (allergies alimentaires, intolérance au gluten) dont la fréquence croissante est mal expliquée. Les autres sont gênés par des intolérances diverses, souvent auto-diagnostiquées, ou ont adopté un régime de santé spécifique (groupes sanguins, “living foods”, instinctivorisme ou crudivorisme, macrobiotique, etc.). D’autres encore adhèrent à des régimes qui sont autant d’engagements éthiques, politiques ou spirituels (végétarisme, végétalisme, veganisme, etc), ou reviennent à la pratique religieuse. D’autres enfin choisissent des régimes sélectifs et restrictifs divers, s’imposent des tabous électifs personnalisés ou les opposent avec plus ou moins d’insistance à leur famille et à leurs proches.

La fréquence de ces manifestations et l’accueil fait à ces particularismes alimentaires varie cependant de manière considérable d’un pays à l’autre, et notamment en Occident. Il est en effet encore assez difficile d’imaginer, à cause de l’importance qui est accordée au fait de partager ensemble la même nourriture dans un pays comme la France, la situation observée à l’occasion d’une réception donnée à New York. Les deux organisateurs ne mangeaient pas de viande rouge. Rejetant la solution facile du poulet, ils avaient mis au menu un hors d’oeuvre de pâtes et un plat de saumon. Sur les 58 invités, l’un avait une allergie aiguë au poisson et aux noix, un autre souffrait d’une allergie aiguë aux coquillages, trois ne mangeaient pas de poisson, un était végétarien, un était vegan, deux étaient diabétiques et deux mangeaient kasher. Sur le carton d’invitation, on demandait de répondre, en indiquant les « personal dietary requirements ». Et il revint au traiteur de faire le reste. D’où nous viennent donc et comment expliquer, en même temps que la montée des revendications individuelles, toutes ces différences ?

C’est à ces questions que ce colloque s’efforcera de répondre à travers l’analyse de la nature, des causes et des effets de ces « alimentations particulières », aussi bien sous l’angle biomédical que social et en rapport avec les formes d’individualisme et de sociabilité qu’elles expriment.