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Pendant la Seconde Guerre Mondiale, 45.000 malades mentaux pensionnaires des hôpitaux psychiatriques sont morts de faim en France sous l’Occupation. Le rationnement a contribué à l’installation de la famine non pas parce que les aliénés avaient des rations inférieures à celles du reste de la population mais parce qu’ils ont dû se con tenter des rations officielles évaluées par l’Académie de Médecine à 1500 à 1800 calories par jour au lieu des 2400 à 2500 calories nécessaires à un homme au repos.
Le régime de Vichy a-t-il délibérément laissé mourir ces malades mentaux ? Tel est le point de départ de l’enquête menée par l’historienne de la santé Isabelle von Bueltzingsloewen. Anne Lhuissier, sociologue à l’Inra, fait le compte-rendu de son ouvrage intitulé « L’hécatombe des fous ». Une hécatombe dont l’ampleur a été très variable selon les établissements et selon les malades : les hôpitaux ruraux ont moins souffert que les établissements en milieu urbain, les femmes moins que les hommes, les malades « travailleurs » ou « pensionnaires » (payants) moins que les indigents. L’objectif de l’ouvrage n’est pas tant de savoir si la famine meurtrière qui a sévi dans les hôpitaux psychiatriques français entre 1940 et 1945 peut être assimilée à un génocide. Il est plutôt de montrer comment, dans le contexte spécifique de l’Occupation, des milliers d’aliénés internés ont pu mourir de faim dans les hôpitaux psychiatriques français.